Abattoir Blues – nouvelle création 2018 – 2019

Abattoir Blues – nouvelle création 2018 – 2019

Abattoir Blues

Spectacle de rue comique et satirique

Clown, théâtre d’Objet, magie

De et avec Luigi Ciotta,  Mise en scène Adrian Schvarzstein,  Scénographie Yasmin Pochat, Valentina Menegatti
Objets scéniques Yasmin Pochat, Valentina Menegatti,  Costumes Roberta Vacchetta, Son et lumières Luca Carbone.

Introduction

Depuis qu’il a fait son apparition dans la société, la figure du bouffon se distingue en tant que canal de communication hors des sentiers battus. Il est capable de susciter un dialogue direct avec les per- sonnes ordinaires en faisant fi de toute question d’ordre moral dans la divulgation de son message et en jouant de l’utilisation d’un comique désacralisant. Le bouffon est un personnage excessif, un être difforme, un phénomène de foire qui s’offre au public en devenant un moyen et une fin de son divertissement.

Jugé fou et inférieur par le reste du monde, il peut dire et faire ce qui n’est pas permis aux autres. Il agit sans morale et raison apparente et peut ainsi s’occuper de revêtir uniquement un rôle social qui est vrai- ment fondamental.

Bien souvent, l’information adressée directement au public comporte une sorte de « culpabilisation » qui ennuie ou éloigne les personnes auxquelles elle s’adresse. Au contraire, si l’attention du spectateur est capturée de manière plaisante, surtout à travers le rire, il est alors plus facile pour tout le monde de s’arrêter pour réfléchir aux problèmes en question, aux automatismes qui produisent nos habitudes ou nos modes de vie.

Luigi Ciotta aime le théâtre populaire qui met en relation directe l’acteur et touche un public hétérogène dans la rue en le captivant au moyen de son « improbable » sens de la narration. Le spectacle de rue est donc l’opportunité d’une rencontre possible aussi bien avec un grand nombre de personnes différentes qu’avec leur individualité.

Dans ce spectacle, tout comme pour les précédents où Luigi est im- pliqué dans l’écriture en tant qu’auteur et sur scène en tant que per- former,l’important ne consiste pas à arriver à un jugement et encore moins à une solution. L’accent est mis sur la méthode de travail parce qu’elle amène l’auteur comique à choisir un sujet, à l’étudier à fond et ensuite à l’offrir au public avec toute sa charge grotesque et satirique sans oublier de respecter tout un chacun.

Funky Pudding, Sweet Dreams, Abattoir Blues: Une trilogie sur la nourriture.

La première production de Luigi Ciotta touchant au style bouffon re- monte à 2009. Il s’agit de Funky Pudding, avec la mise en scène de Philip Radice, à partir de laquelle a été développée depuis des an- nées une recherche aux tonalités comiques et satiriques sur les excès et les contradictions de notre société actuelle.

Funky Pudding affronte le thème des déchets, des gaspillages alimen- taires et de la mauvaise ou prétendument bonne qualité de la nourri- ture que nous mangeons. Les protagonistes sont un couple d’obèses, interprétés par Luigi Ciotta et Aurelia Dedieu. Ils vivent dans une benne à ordures et jouent avec les détritus, ce qui représente de manière caricaturale les dynamiques du consumérisme et le gaspillage alimentaire qui s’ensuit. Ils se concentrent sur les pires détails de notre manière de consommer et présentent ainsi le portrait choquant d’une société excessive, égocentrique et superficielle où tout ce qui est éphémère devient indispensable au mépris de l’essentiel.

En 2009, Funky Pudding gagne le 1° Prix du Concours “Cantieri di Stra- da”, organisé par la FNAS (Federazione Nazionale Artisti di Strada) et le “Premio Mercurio“ au Mercurio Festival dell’Assurdo. En huit ans depuis son lancement, le spectacle a été joué en langue italienne, française, anglaise et espagnole dans toute l’Europe, à l’affi- che de saisons théâtrales, festivals de théâtre de rue et également au sein de parcours thématiques en lien avec l’alimentation dans les écoles.

En 2014, avec l’aide et la mise en scène de Rossella Sorbara, est né Sweet Dreams; une visual comedy sur les excès du monde contempo- rain qui représente un tournant naturel du parcours d’auteur de Luigi Ciotta. Un spectacle grotesque qui parle de plaisir et de dépendance en utilisant la métaphore du sucre et son fonctionnement dans le corps humain. A tra- vers la folie bouffonne, le comique du clown et la séduction ironique du burlesque et de la pole dance, le spectateur est guidé par un fascinant marchand de sucreries dans un voyage sans retour dans le monde de l’absurde aux mains de Mr Candy Man, une sorte de Beetlejuice ou « Fée du sucre » qui utilise les gâteaux comme des balles pour jongler, danse avec la barbe à papa et se promène avec des gâteaux de mariage en équilibre sur son menton. Mr Candy Man, perd ce- pendant graduellement son masque rassurant et fabuleux pour se transformer en espèce de Lolita poilue et en surpoids. Il réussit à déchaîner le rire des spectateurs avec un strip tease improbable et à se lancer dans un numéro acrobatique de pole dance comique autour d’une barre de trois mètres de haut déguisée en énorme sucette. Il opère ainsi une révélation amusante et désacralisante du visage amer de la dépendance. Sweet Dreams gagne à nouveau le Premier prix du concours “Cantieri di Strada” organisé par la FNAS. Le spectacle a été actuel-lement représenté dans les festivals de théâtre de rue et des festivals en lien avec le thème de la nourriture en Italie, France, Allemagne, au Portugal et en Oman et dans les Emirats Arabes Unis.

Abattoir Blues, la nouvelle création

Les premiers mois de 2018 sont consacrés à la préparation d’un nou- veau spectacle, Abattoir Blues, le dernier de la « Trilogie de l’Abonda- nce ». Après les gaspillages alimentaires et l’abus de sucre, l’attention du spectateur sera attirée sur un sujet chaud de notre actualité : les mauvais traitements infligés aux animaux dans les élevages intensifs et la relation ambivalente à la viande caractérisée de nos jours par de nouveaux tabous.

Une fois de plus, notre intention n’est pas de pointer du doigt ceux qui mangent de la viande. Le sujet abordé est celui de l’homme et de ses contradictions et faiblesses lorsqu’il s’agit d’affronter les sentiments les plus viscéraux de son âme, de sa partie la plus bestiale, représentée justement par sa relation avec les animaux sur scène.

Aliénation, solitude, cruauté, mort et dignité des êtres vivants sont les thèmes abordés et reflè- tent le problème réel des éleva- ges intensifs et de la production massive de viande qui a lieu chaque jour. Le message est exprimé en termes comiques, grotesques, et surréalistes, suivant les règles du bouffon et du clown. Le spectacle rassemble théâtre de rue, théâtre d’objets, cirque, théâtre corporel et comique dans une dimension où les mots cèdent le pas aux sons, cris et bruits enregistrés et en direct.
Dans Abattoir Blues, un sort distinct est réservé à chaque animal. Un cochon, par exemple, avant d’être abattu se transforme en fakir ou est coupé en morceaux et recomposé dans une boîte comme dans un des plus classiques numéros de magie.

Un lapin resurgit d’un chapeau pour échapper à son destin alors qu’une poule obèse disparaît d’une cage trop petite pour la renfermer. Un groupe de poulets s’exhibe dans un numéro de trapèze avant de finir sur un crochet et est offert au public dans une ver- sion « déjà déplumé », alors que des entrailles d’animaux faites avec des cordes et des nœuds prennent vie dans des exercices d’illusionnisme toujours plus alambiqués. Rien de tel que le kebab pour rappeler le succès extraordinaire de la viande dans la société industrialisée, dis- ponible à volonté et à toute heure. Le protagoniste, en habile boucher, s’ «enroule» sur lui-même, en se démenant dans des numéros acrobatiques en tout genre pour fuir sa destinée, finir en un anonyme déchet de viande, la partie misérable d’un sandwich plus complexe.

Abattoir est un terme français, utilisé également dans la culture anglosaxonne qui inique le lieu où les animaux sont abattus. La référence au blues comme genre musical est liée au contraire à sa propension naturelle à accompagner l’état de tristesse et d’inquiétude caractérisant le protagoniste du spectacle. Enfin, Abattoir Blues est aussi le titre d’une chanson de Nick Cave & The Bad Sees: après Funky Pudding et Sweet Dreams, un troisième spectacle basé sur une référence musicale conclut la « Trilogie de l’Abondance ».

La scénographie

La composante visuelle d’Abattoir Blues a un impact fort et influence la dramaturgie et la scénographie. Les tonalités représentées sur scène s’inspirent librement du film vintage noir Delicatessen de Jean- Pierre Jeunet mais aussi du style Steam Punk de Mad Max. Le décor est celui d’un véritable Abattoir. Au centre, un seul élément important et mobile de la scénographie apparaît : un chariot qui transporte des poupées, pantins et peluches en forme d’animaux, avec un double intérêt extérieur/intérieur. Le moyen de transport de faux animaux entre sur scène tiré par le protagoniste et dévoile un monde bigarré fait de peluches et pantins en forme de cochons, poules, vaches, lapins et oies, séparés par des lacets, des cages, des clôtures et des volières.

Le concept renvoie évidemment aux moyens de transport qui filent sur les autoroutes, ces camions d’où l’on aperçoit des museaux pointer entre de grands barreaux, mais qui attirent tous notre attention et réveille en nous la curiosité de découvrir ce qui s’y cache. Le chariot d’Abattoir Blues ne dissimule cependant pas ce qui se cache à l’intérieur. Tout y est visible, immergé dans un chaos organisé qui rappelle plus un engin oriental que le moyen de transport d’un boucher pour animaux vivants. L’image fait aussi référence à la traite des êtres humains qui hier comme aujourd’hui a lieu dans notre monde, un parallélisme symbolique qui rappelle la « marchandisation de la chair » dans sa manifestation la plus rude. Elle s’inspire des barques surchargées d’immigrants qui sillonnent les eaux de la Méditerranée, et le charriot pourrait donc être un Arc de Noé « contemporain » bien qu’il ne sauvera pas ces animaux qui finiront l’un après l’autre à l’abattoir emportés comme par une sorte de roulette russe.

Au cours de l’évolution du spectacle, le protagoniste conduit son charriot sur scène et ouvre son intérieur à la vue du public ce qui marque le passage vers un deuxième cadre froid et ascétique semblable à une chambre froide où règnent les tubes à néon, l’acier, les bâches en plastique ciré et les carreaux blancs. Le spectacle s’articule donc autour, au-dessus et à l’intérieur de ce charriot-abattoir. Une structure autoportante sur laquelle est hissée une barre de pole dance constitue un autre élément scénographique impor- tant d’Abattoir Blues. Au début, elle est utilisée pour attacher « un pantin » au crochet qui renvoie à l’image emblématique du demi-veau de boucherie et qui devient par la suite la brochette centrale d’un énorme kebab qui englobe le protagoniste.

Le chariot d’Abattoir Blues, ainsi que tous les pantins ou peluches en forme d’animaux ont été conçus par Yasmin Pochat et Valentina Menegatti, alors que les costumes ont été réalisés par Roberta Vacchetta. Les matériaux utilisés pour leur construction sont très variés, du latex à la peluche afin de donner au contexte et aux animaux représentés une apparence délibérément surréaliste évoquant les jeux des plus petits et une poétique fondée sur l’action plutôt que sur le drame. Nous voulons rappeler au public que ce qui est recherché par Abattoir Blues est en dernière instance l’amusement que l’on éprouve lors d’un spectacle de clown.

Le personnage

Le protagoniste du spectacle est un travailleur ordinaire, le larbin d’un abattoir en bleu de travail et bottes en caoutchouc. Une personne aux tendances borderline, seule, qui passe sa vie au milieu d’animaux en toute sorte, vivants et morts. Son travail est aliénant, répétitif et il se prête à la chorégraphie de son mouvement et au jonglage pour ex- primer sa tension relationnelle à la vie, suspendue entre gravité et mort.

Pour soigner les tics obsessionnels qui les affligent et survivre au stress, les animaux et le protagoniste usent et abusent de médi- caments et pilules colorées. Un échantillon intense de gestes névrotiques de notre époque s’ani- me sans même épargner les ani- maux enfermés dans les élevages intensifs.

Dans ce climat surréaliste, tuer un animal devient un geste poétique permettant d’échapper à son propre tourment et à sa routine aliénante. Pour le protagoniste, tout est animal, tout est viande à amener à l’abattoir. Même le public pourrait en subir les conséquences et finir enroulé dans du cellophane prêt à être étiqueté.

Les animaux, vivants et morts, sont les seuls compagnons de son « action », c’est avec eux qu’ils se rapporte à tout moment, au cœur d’un jeu de projections où la victime et le bourreau voient leurs propres rôles s’inverser progressi- vement. Pour autant que les actions soient rudes et violentes, le spectacle suit toujours la dynamique du contraste, les gestes les plus violents sont délicats et légers, au sein d’une dimension où le sens du toucher sera sûrement un des aspects les plus exploi- tés au cours de sa création.

Dans Abattoir Blues, il n’y a aucun jugement sur le personnage et ses actions : il suit simplement son instinct de survie, une danse perpétuelle entre les actions à accomplir pour réaliser son métier d’artisan.

By | 2018-02-13T10:16:09+00:00 février 13th, 2018|Senza categoria|Commentaires fermés sur Abattoir Blues – nouvelle création 2018 – 2019